Après des violations massives des droits de l’homme et plusieurs milliers de morts en Birmanie, la communauté internationale peine à trouver un accord sur des sanctions à l’encontre de la junte au pouvoir. Les observateurs étrangers ont actuellement difficilement accès à la population en proie à une répression sans précédent depuis la fin des années 80 et le pays tout entier se voit recouvert d’une chape de plomb.
Depuis plusieurs années, la crise couvait en Birmanie, pays dirigé d’une main de fer par une junte militaire depuis plus de 45 ans. En effet, malgré les importants bénéfices que le pays tire de ses nombreuses ressources naturelles (pétrole, gaz, bois, cuivre, argent, or, plomb, saphirs, rubis,…), la moitié de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. La junte a confisqué l’ensemble des richesses pour son propre profit. Cette année, le pouvoir d’achat des birmans s’est effondré (il s’est grosso modo divisé par 2) et c’est cette situation qui les a poussés dans la rue à l’appel des moines boudhistes, très nombreux dans le pays. Ce sont justement ces moines, dont le nombre est tellement important qu’on les apelle l’armée safran, par référence à la couleur de leurs vêtements, qui ont constitué le fer de lance de ce grand mouvement contestataire, parti des grands temples boudhistes de l’ancienne capitale, Ranggoun.
Dès le début de ces manifestation, sans ampleur depuis 1990, la communauté internationale s’est inquiétée des représailles qu’allait mettre en place la junte birmane. Le conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni pour mettre au point des sanction à l’encontre des dirigeants birmans au cas où il y aurait violation des droits de l’homme. Cependant, la Chine s’est opposée à l’idée même de sanction à l’encontre de son allié birman. Une fois de plus, la Chine affiche publiquement son soutien à une dictature sanguinaire; elle avait déjà bloqué l’ensemble des résolutions visant le Soudan, impliqué dans un véritable génocide contre une partie de sa population au Darfour.
Les représailles de la junte militaire birmane ont consisté à arrêter la plupart des moines boudhistes impliqués dans les manifestation afin de les torturer et les décourager de manifester à nouveau. Officiellement, le gouvernement avoue qu’il y a eu quelques morts parmi les manifestants, arguant de leurs “provocations” et de leur “indiscipline”. Officieusement, il s’agirait en réalité de plusieurs milliers de morts selon les ONG. Parmi les opposant réfugiés à la frontière thaïlandaise et à en Europe, le bruit court que de nouveaux massacres sont en préparation dans le pays afin de “mater” une fois pour toute cette rébellion.
La communauté internationale a t’elle un droit d’ingérence dans les “affaires intérieures” birmanes? La France et les Etats-unis ont-ils raison de tenter d’imposer des sanctions contre la Birmanie à l’ONU? La Chine peut-elle légitimement s’y opposer? Quels moyens de pression a-t’on contre le régime militaire birman sans que cela ne touche la population victime de l’oppression? La firme française TOTAL devrait-elle cesser ses activités en Birmanie?
Laurent HUET
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