Il y a un peu plus d’une semaine, une colonne rebelle de plus de 300 véhicules traversait le Tchad d’Est en Ouest, sur 800km, et entrait dans la capitale N’Djamena. Ce “rezzou” a surpris la communauté internationale par sa rapidité et son succès durant les premiers jours de combat.

Pour comprendre ces développements récents de l’actualité, il faut d’abord appréhender les rapports entre le Tchad et son voisin soudanais:
Le Tchad finance et soutient plus ou moins ouvertement un mouvement de rébellion dans la région soudanais du Darfour depuis un quart de siècle. Ces rebelles soudanais soutenus par le gouvernement tchadien revendiquent la protection des minorités noires africaines présents dans l’ouest du Soudan, et plus précisément au Darfour. C’est dans cette région que la rébellion affronte régulièrement la milice arabe des Janjawids, soutenue par le gouvernement central soudanais, à Kharthoum.
Le Soudan, à travers les Janjawids, a organisé un génocide visant à erradiquer la présence de noirs africains sur son territoire. Le Darfour, région frontalière entre le Soudan et le Tchad est donc le théatre de ce conflit. Non content de tenter d’éliminer toute rebellion sur son territoire, le gouvernement soudanais héberge également lui-même d’autres rebelles, tchadiens cette fois, afin de renverser le gouvernement du Tchad à N’Djamena, dirigé par le président Idriss Déby Itno.
On assiste donc à un véritable chassé croisé entre 2 rébellions, dans lequel interviennent également l’armée tchadienne, l’armée soudanaise et sa milice janjawid.
Depuis plusieurs mois, la France a mis en place, avec ses partenaires européens, une force multinationale (la première sous la bannière de l’Union Européenne) afin de protéger les réfugiés fuyant le génocide perpétré au Darfour par le Soudan et sa milice janjawid. Le déploiement de cette force devait intervenir la semaine dernière…
Les rebelles semblent avoir eu pour “consigne” de mettre un terme à ce déploiement, qui gênerait durablement l’action du Soudan dans la région, en mettant en place un régime pro-soudanais au Tchad.

Cela nous amène au 31 janvier dernier, lorsqu’une colonne de 300 pick up toyota rebelles ont traversé le Tchad d’est en ouest, de la frontière soudanaise à la capitale N’Djamena, en prenant aupravant la localité de Massaguet (voir plan ci-dessus). Simple question: comment une colonne “militaire” aussi importante a t’elle pu échapper au renseignement de l’armée tchadienne, aux mirages F1 d’observation de l’armée de l’air française et aux satellites d’observation militaire occidentaux, censés s’intéresser de près au génocide du Darfour, région d’où viennent justement ces rebelles? Cela nous paraît impossible. Cela voudrait dire que le président tchadien aurait délibérément laissé les rebelles entrer dans la capitale de façon à les prendre au piège, avec l’appui de l’armée française.

En effet, Paris et N’Djamena sont liés par un accord de défense depuis près de 40 ans. Depuis, la France dispose d’une présence militaire permanente au Tchad, mettant l’ensemble de l’Afrique du Nord à moins de 2 heures pour ses avions de chasse et à moins de 3 heures pour ses forces spéciales. En contrepartie, le gouvernement français doit apporter un soutien logistique (notamment d’assitance médicale) et de renseignement militaire auprès de son hôte tchadien.
A l’approche des rebelles, les forces françaises ont logiquement regroupé la plupart des ressortissants français et occidentaux, dont elles sont chargées de la protection, sur l’aéroport de N’Djamena, qui se situe à moins de 4km du palais présidentiel. Le piège du président tchadien, réfugié dans son palais, consistait à pousser les rebelles à la faute. Pour eux, marcher sur le palais présidentiel nécessitait de marcher également sur l’aéroport, d’où décollent les hélicoptères de combat de l’armée tchadienne. Or les français ne voudraient jamais laisser l’aéroport tomber aux mains des rebelles puisqu’il constitue leur seule porte de sortie.

En épilogue, sous le feu des hélicoptères et des chars T35 de l’armée tchadienne, et coupés de leur approvisionnement, les rebelles ont dû évacuer N’Djamena et s’enfuir dans une zone hors de portée de l’aviation loyaliste. Ils se sont donc repliés à environ 200km de la capitale. Selon certaines sources, ils auraient été rejoints par des renforts venus du Soudan. Depuis maintenant une semaine, on assiste à une sorte de statut quo entre les deux parties, et le moindre mouvement de la colonne rebelle est observé par les avions de reconnaissance français.
Le Tchad pourra t’il retrouver une certaine stabilité si les rebelles contrôlent une partie du pays? La France, qui a permis au président Déby Itno de rester au pouvoir, va t’elle lui demander de faire dorénavant d’importants efforts sur les droits de l’homme? Que sont devenus les opposants politiques arrêtés pendant les combats à N’Djamena par le gouvernement, car accusés d’avoir noué des contacts avec les rebelles?
Crédits Photos satellite et Cartes: Google Maps 2007